Radon Epic Enduro 2017

Aussi loin que je m’en souvienne, la première fois que j’ai entendu son nom c’était durant la soirée de clôture de saison des Enduro World Series à Finale Ligure en 2013. Quelques mots, quelques gorgées… Malgré l’ambiance festive et agitée, une discussion retenait mon attention. « Un truc pour toi » qu’on m’a dit. Une nouvelle épreuve d’Enduro, longue, technique; un truc un peu fou, un sacré défi… Bref, un concept encore peu flou mais qui suscitait déjà ma curiosité.

Quelques mois plus tard, je me présentais sur la ligne de départ de la première édition de l’Epic Enduro. C’est en effet le doux nom retenu pour tenter de résumer en 4 lettres une course aux proportions hors-normes. Près de 115 kilomètres, 4800 mètres d’ascension et de dégringolade, 10 spéciales chronométrées dont une nocturne. Tout cela réparti en 3 boucles autour de la charmante bourgade d’Olargues située dans le massif du Caroux dans le Haut-Languedoc. Des chiffres qui sèment autant l’appréhension que l’excitation!

En 2017, je rempilais pour la 4ème fois consécutive. Avec un temps d’entraînement limité, questions et doutes embrumait quelque peu mon esprit. Chaque millésime m’avait déjà apporté son lot d’émotions…et de déceptions. Une relation plutôt particulière avec cette épreuve. Composée de hauts et de bas comme le profil accidenté de son parcours. Entre l’abandon et le podium, la limite est parfois tenue.

Coup de feu à 4 heures 15 ce matin du 16 avril 2017.  Jamais le départ n’a été donné si tôt à Olargues. Et pour cause, c’est une liaison de plus d’1h30 qui nous attend jusqu’à St-Martin du Froid. Je partage les premiers kilomètres avec Julien Roissard, un des amis avec qui je passe ce WE. Solide gaillard et talentueux pilote, il avait terminé 5ème l’an dernier.

Le peloton lumineux s’étire peu à peu, le tempo est bon. Quelques portions plus raides obligent alors à mettre pied à terre. Face aux fortes rafales de vent il faut déjà lutter. Entre temps, dans cette nuit noire,  j’ai perdu de vue Juju. En fin d’ascension, je partage la route avec quelques « transvésubiens » renommés alors que la roue de Julien réapparaît à la lueur de mon phare. Dès cet instant, notre avancée sera commune jusqu’à son terme.

Avant le long plat menant à la 1ère spéciale, je décide de marquer une pause pour m’habiller et préparer les derniers détails afin d’être prêt en arrivant au départ. Puissant vent…dans le dos, ouf! Les mains sont néanmoins bien engourdies par le froid en attaquant la spéciale N°1, la plus longue de l’épreuve, la plus physique….un gros morceau.

Très vite je trouve le bon rythme, un subtile dosage entre attaque et relâchement. Eclairage à fond, j’évite les pièges. Épingle après épingle, j’apprivoise ces conditions sèches mais relativement glissantes. Très efficace dans la section de pédalage intermédiaire, je bascule dans Bardou le sourire aux lèvres. Après plus de 20 minutes, je déboule sur les hauts de Mons. Content d’avoir bien négocié cette spéciale de nuit. Ce d’autant plus que les pépins mécaniques, crevaisons et chutes alimentent déjà les discussions au fond du tracé…et il n’est même pas 6h30 du matin!

Notre route se poursuit direction Naudech avec une liaison très agréable entouré de quelques autres riders. Le jour se lève, le vent se calme, les montagnes s’offrent à nos yeux déjà bien réveillés. Atmosphère magique! Le moment présent dégusté dans son intégralité. Peu après, la seconde spéciale est avalée dans la foulée. Je prends un pied absolu à drifter, relancer, pomper… Une excitation partagée également par Julien une fois la ligne d’arrivée franchie. A peine 8 heures et nous regagnons le paddock à Olargues. Victime de violentes crampes, je grimace sévèrement mais le sentiment contraste totalement avec l’abandon essuyé de l’an dernier à la suite d’une chute dans cette même spéciale. Cette fois, je me sens que « ça peut le faire »!

Il est temps de souffler un coup, refaire les pleins de liquide et solide, serrer les vis, graisser la chaîne…et finalement « décharger » nos puces chrono. A la réception du ticket, on m’informe qu’il s’agit d’un des meilleurs temps. Ce feedback, certes assez flou, m’arrange bien. Il confirme mes sensations et suffit à me redonner l’élan et  la confiance nécessaire pour affronter une coriace seconde boucle.

Une nouvelle liaison très jolie mais « casse-patte » nous mène jusqu’à la spéciale des « Crêtes XXL ». Mes cuissots tirent déjà et malgré mon plateau de 30 dents, la marche à pied prend parfois le relais. Nous remontons pas mal de coureurs qui avaient opté pour une pause plus brève au village. Au sommet, il faut toujours un peu calculer pour éviter d’être gêné durant les spéciales. Néanmoins, le fair-play des autres participants s’avèrent remarquable et évite de périlleux dépassements.

Je rallie sans encombre la fin de cette spéciale 3 très engagée avec un énorme « flow » dans la dernière partie. Les quelques repérages du vendredi ont porté leurs fruits. Nouvelle liaison, nouvelles crampes, rapidement maîtrisées à coup de boissons isotonique et autres capsules de sel. Une montée assez éprouvante mais ombragée nous conduit à « Mini-Jurassic » et son slalom boisé. Pas de portes manquées ou enfourchés et le bon feeling se confirme avec vraiment beaucoup de plaisir au guidon de mon Felt Decree.

Une « bonne suée » pour grimper jusqu’au départ de la SP5 « Le Pin » qui coïncide avec grosso-modo le milieu de la course. Nous franchissons sans problème la barrière-horaire avant de se livrer corps et âme dans cette nouvelle spéciale splendide. De la finesse, des épingles en tout genre, des lignes aériennes et un final cassant porté par les spectateurs en délires. Woaw!! (Julien signera le temps scratch en VTT « musculaire »).

Vélo au sol, rapide regard sur mon gant gauche légèrement ensanglanté. Le déséquilibre et la frayeur  provoqué par un petit tronc d’arbre me reviennent soudainement à l’esprit. Une belle inflammation au niveau du petit doigt me pousse vers les pompiers. Ouf, rien de cassé. Ça repart auriculaire bandé, l’agréable mais dangereux feeling « d’invincibilité » du jour à peine égratigné.

On imprime un bon rythme de croisière jusqu’à Colombières. Aucun de nous deux semble en proie à des difficultés physiques. Ma lucidité s’étiole tout de même un peu en arrivant non loin du hameau de Plaussenous. Il faut se remobiliser car le secteur chrono suivant s’avère difficile physiquement. Ultime spéciale de cette seconde boucle, j’entends redoubler d’efforts pour tenter de faire la différence. Avant le départ, on s’encourage mutuellement avec Julien, comme à chaque fois. Le rituel est bien désormais bien huilé.

Ma mémoire, trop sélective, a cependant oublié bon nombre d’encablures techniques. Je les franchis tant bien que mal malgré un nouvel appui involontaire sur mon cher auriculaire. Aïe! Beaucoup de « fun » même si un manque de forces m’oblige à lever légèrement le pied dans les derniers enchaînements. Une petite barre céréale et cap désormais sur Olargues en suivant la reposante voie verte avec un stop « eau fraîche » improvisé à Mons.

Les organismes sont désormais clairement plus entamés qu’au terme de la première boucle. Notre motivation reste néanmoins intacte. Nous comparons  nos temps avec Julien. Comme d’habitude, ils se révèlent une nouvelle fois très serrés. Après un début d’épreuve plus compliqué, mon pote a cette fois trouvé la bonne carburation. Pour ma part, des bruits courent que je serais 3ème après la boucle 2. Je préfère toutefois ne rien savoir et continuer ma « rando » spéciale après spéciale…sans pression. Une bonne demi-heure de pause de quoi requinquer l’homme, un peu dans le mou, et la machine qui tient brillamment le coup de son côté. L’occasion aussi d’échanger sur les destins croisés des participants et amis lors des deux premières boucles parcourues.

En avant pour Montahut avec la même liaison qu’environ 9 heures plus tôt… Maintenant on y voit un peu plus clair… Et on constate le chemin encore à faire. Tout là-bas, je vois la montagne dominant Vieussan et ses spéciales 8 et 9, un peu redoutées après un passage en reconnaissance… Les calculs en vue l’ultime porte-horaire anime aussi nos discussions. Mais les doutes sont assez vite dissipés, notre connaissance et expérience des lieux aidant. Il s’agit d’avancer encore et encore, atteindre le sommet puis basculer dans cette secouante 7ème spéciale de la journée. Nous optons en majorité pour la marche à pied sur ces raides contreforts. Avec la fatigue, on en vient à espérer que la liaison soit raccourcie par rapport aux années passées. Que nenni! C’est bien un portage qui nous attend pour atteindre Montahut « attaqué » de partout par les « survivants » de la boucle 2.

Grande foule, ça souffle, ça sent le gros trafic en spéciale! Super bien sur le vélo, je parviens encore à trouver un coup de guidon précis malgré les heures d’efforts. Comme dans chaque spéciale, le travail du club local a été admirable pour proposer des sentiers en parfait état. Chapeau à eux! Ils n’ont cependant pas enlevé toutes les pierres et les chocs deviennent de plus en plus durs à encaisser après plus de 14 minutes de lutte. Quelle intensité! Les pédales et les extrémités du guidon chatouillent les obstacles. Poussière et gravier virevoltent. Le public s’affole au bord de la piste. Et Juju qui arrive dans mon souffle. Déjà. Il a fusé.

Un rapide coup d’oeil sur l’horloge. Encore près de 40 minutes pour passer la dernière porte-horaire, située à quelques kilomètres. On ne s’attarde pas trop à déblatérer sur les péripéties rencontrées dans la spéciale. On trace galvanisés par les émotions éprouvées et le vent favorable! Ça passe sans souci et nous voilà au pied de la dernière bosse majeure menant au nouveau « combo » de cette édition: « Jurassic » et « Roc Traucat », spéciales N° 8 et 9. Nous remontons à nouveau toute une série de concurrents et de têtes connues. Quelques mots s’échangent… Nos coups de pédale sont encore bien vigoureux et bientôt nous progressons seuls. Nous tenons à être gêné le moins possible sur ces tracés étriqués. Chaque seconde prend de plus en plus de valeur à l’approche du décompte final. Forcément dans la tête, ça commence à tergiverser… Si proche du but mais en même temps si loin…

Un stop au point d’eau, et hop me voilà projeté dans « Jurassic ». Un monde hostile, un labyrinthe technique qui bascule ensuite dans une pente bien plus sévère et poussiéreuse. Quelques beaux virages mais pris de vitesse, je pars à la faute dans les broussailles en contre-bas. Le sentier est regagné aussi vite que possible et j’assure les passages très exposés menant au lit de la rivière. Là encore, je calme le jeu et tente d’éviter de nouvelles erreurs aux conséquences « temporelles » fâcheuses.

La liaison menant à la spéciale suivante est très courte, alternance de « poussage » et pédalage. Bien qu’il reste encore la spéciale urbaine, il s’agit bien du dernier « écueil » à négocier. En confiance et porté par le plaisir du ride, je réalise un « run » propre et puissant enchaînant avec bonheur « coups de cul trialisants » et épingles « couillus ». La route goudronné est rallié, c’est terminé! Mon vélo posé sur le bas côté, je savoure ces instants, me remémore toute cette folle journée… Il est bientôt 18 heures.

Une ultime liaison, vent de face, mais qu’importe le sticker doré dédié aux finishers des 3 boucles nous tend les bras! Les marches menant au clocher d’Olargues demeurent toujours autant pénibles. Julien, surpris par une hypoglycémie soudaine doit marquer une pause. Les encouragements des spectateurs font chaud au coeur. Le sentiment d’accomplissement est délicieux!

Place maintenant à la « cerise » avec cette spéciale N°10 dessinée au coeur du village et bercée par ce soleil du soir. Attaque mesurée durant cette ultime minute de course qui vient couronner une journée d’anthologie! Poings serrés et cris de joie à peine la ligne d’arrivée franchie. Retour au paddock. Finisher! L’autocollant doré vient garnir ma plaque de cadre. Après le bronze au goût amer de l’an dernier, c’est une belle revanche. Qui plus est en ayant partagé l’intégralité de cette épopée avec mon ami Julien. Il a eu le mérite d’ « adoucir » les longues liaisons et m’a poussé à tout donner dans chaque secteur chronométré. Merci à lui ! (Il terminera 7ème).

Vers 20h30, la cérémonie protocolaire bat son plein. Le speaker hurle mon nom au micro. « Ça l’a fait! » Je termine finalement 3ème de cette 4ème édition Radon Epic Enduro, cette course sans nulle autre pareille. De sacrés beaux moments qui resteront gravés dans le livre des souvenirs de ma petite vie d’athlète!

Je tiens remercier chaleureusement toute l’équipe organisatrice et tous les bénévoles qui ont mis bien plus d’énergie que tous les coureurs réunis pour assurer un événement de cette ampleur et de cette qualité. Félicitations à tous les Epicuriens, bronzés, argentés ou dorés qui ont bravé ces fabuleux sentiers du Caroux!

Et MERCI à vous tous. Pour vos messages et votre soutien. La saison 2017 est désormais bien lancée!

A très bientôt.

Emmanuel

© photos / Endurotribe – Followracer

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