La Trentàl’ 2017

En ce début septembre, l‘Enduro Helveti’Cup reprenait ses droits avec la 3ème manche du calendrier national. Direction le canton du Jura et Mervelier pour la 3ème édition de la fameuse Trentàl’. Déjà sur place le mercredi, j’ai eu le temps de m’imprégner de l’air et du terrain local. Un vrai bonheur!

Au menu, quelques repérages de spéciales, un shooting concluant avec Guillaume Le Guillou et quelques bonnes soirées de préparation avec la fratrie Kottelat et la clique locale. Toujours un véritable plaisir de se mettre à l’heure de « Mervelier » pour quelques jours… Un vrai dépaysement, un village où l’on prend le temps de vivre…simplement.

Arrivé sous la canicule, le baromètre a fait volte-face subitement et les averses et le crachin jurassien se sont montrés tenaces en fin de semaine. Autant dire que le terrain s’est révélé de plus en plus coriace à apprivoiser. Une monte pneumatique « mud » s’est alors rapidement imposée, les lames de couteaux WTB Warden plus précisément. Un must dans ces conditions!

Veille de course ça s’agite un peu dans le patelin. Les retardataires réalisent leurs premières recos, les ragots sur la météo ou le nombre de partants vont bon train. Du côté de l’organisation, on s’affaire à régler les derniers détails, renforcer les traces, combler certains appuis… La pression monte, proportionnellement à ma confiance. Très à l’aise sur mon vélo les jours précédents, je me réjouis d’en découdre!

Samedi au réveil, la douceur n’est pas loin, le ciel encore clément. La première spéciale est négociée sans heurts avec un terrain toujours boueux. Je peine cependant à trouver le relâchement total de la veille. Il faut prendre le bon rythme. Remontée vers le sommet de la SP2 au son du cor des Alpes qui envoûte la vallée. Ravito intermédiaire, et hop une pomme pour la route.

Le second chrono procure de sacrées sensations sur le haut dans un bois sombre et glissant…mais grisant! Très efficace jusque là, j’embrasse une première fois le sol en déviant en contre-bas sur une partie effilée. Malgré un choc un peu douloureux, je remonte rapidement sur mon destrier et j’attaque peu après le vertigineux mur de boue tout en glisse… Heureux d’être resté en selle au fond de ce dernier, je gère savamment la fin de la spéciale avec un max de fun!

Un petit coup de jet sur le vélo encrassé à la fontaine du village avant la 3ème ascension du jour qui se termine par un petit portage. Au sommet la brume est tenace, les commissaires ont allumé un feu. Après une brève attente, le tracé est ouvert! Les riders se mettent en colonne sous les ordres du « Zèbre », le starter. La tension est palpable, cette spéciale promet de belles difficultés.

Très à mon affaire sur la partie haute, je « m’autorise » néanmoins un beau tout-droit dans une partie en glaise qui me propulse dans les broussailles. Un peu de course à pied pour rejoindre le sentier, le « flow » à peine entamé. La remontée dans le champ s’avère collante à souhait. A bout de souffle, je poursuis dans la seconde section boisée. Bien dans le rythme jusqu’à ce que mon vélo décide de renifler les abords de la piste. Encastré entre 2 arbres, je me dégage autant rapidement que possible. Agacé, je rallie l’arrivée pas loin, commandes de frein déplacées.

Mon vélo, méconnaissable, profite d’un bain dans La Scheulte avant de poursuivre cette épopée. Soudain en début de liaison, la pluie fait une apparition remarquée. J’augmente la cadence pour m’abriter sous la tente du ravito. Les précipitations, elles, redoublent de puissance. Les riders se serrent de plus en plus sous le carré de toile. Pendant ce temps, j’imagine les concurrents dévalant la SP3 sous cette démente averse…Carnage!

Après une grosse heure de pause, le froid nous gagne. Mise en mouvement progressive au départ de 4ème spéciale pour le peloton détrempé. Moins de 4 minutes pour redescendre cette montagne de boue tout en contrôle. Pas de faute et du flow! Mais est-ce que la vitesse là? Le Live Timing étant volontairement éteint, les réponses se perdent dans les nuages.

Il n’en reste plus qu’une! Le fameux mais tant redouté « Delirium ». J’arrose à nouveau mon vélo et change quelques vêtements, une dernière montée nous attend. En haut la forêt se mêle au brouillard, ou l’inverse. Les pilotes sont impatients de rouler…de se réchauffer. De belle courbes dans le gras au début avant de perdre le rythme et de friser un bel OTB dans les roches sous l’oeil du nombreux public.

Folle ambiance dans le goulet! Je m’en sors tant bien que mal avant de commettre un autre tout-droit… Derrière j’entends la ferveur encourageant mon poursuivant. Dans le pédalage, je donne les derniers watts qu’il me reste et aborde prudent la dernière partie raide avant les encablures finales.

Ça y est, finisher! Bien content de couper cette ligne d’arrivée entier après cette spéciale mouvementée. Un peu déçu de cet ultime « run » mais excité à l’idée de connaître les résultats complets de la course. Entre temps, place à la bière et à une douche méritée. Le soleil qui brille désormais s’apparente à un véritable cadeau pour terminer agréablement cette journée agitée.

Magnifique communion avec tous les riders en ce début de soirée. Tous réunis sous un hangar; bières & pâtes nous redonnent des forces avant la cérémonie protocolaire tant attendue. Une chaude ambiance et beaucoup de rires durant la remise des prix. Le suspens est levé. Je termine finalement 3ème en catégorie Hommes et 4ème au scratch. Très très content de gravir ce vertigineux podium en bottes de paille d’une course que j’affectionne particulièrement. Félicitations à Patrick Lüthi, seigneurial, et Florian Golay et Maxime Chapuis, vassaux très rapprochés. Chapeaux!

Bravo à tous les riders qui ont dû repousser leurs limites pour tenter de s’exprimer dans ces conditions. Énorme merci à toute l’organisation pour cet événement hors-norme magnifiant les valeurs de l’enduro et de sa petite famille. La fête qui a suivi n’a fait que parachevé votre oeuvre!

Ma saison de course touche désormais à sa fin avec les deux derniers rendez-vous consécutifs de Neuchâtel et Champéry dans le cadre de la Coupe Suisse. Même si le titre semble presque inatteignable, je vais tout faire pour réaliser et savourer ces ultimes spéciales chronos.

A bientôt!

Emmanuel

Photos © Guillaume Le Guillou